Le grenier de Guignol

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Toile d'araignéeAyant retrouvé quelques anciens documents sur Guignol dans notre propre grenier, et éprouvant le désir de les faire partager, on a finalement décidé de créer cette nouvelle page, "le grenier de Guignol", qui rassemblera des éléments sans doute un peu disparates, mais, on l'espère, intéressants, sur notre héros lyonnais... Page spéciale vieilleries donc !

Pcvr Le Fait PublicAGE EN CHANTIER, ET à COMPLÉTER…

 

On est par exemple tombé sur ce magazine de 1970...

(Dans LE FAIT PUBLIC, apparu fin 1968,
on retrouvait notamment les signatures
de plusieurs journalistes virés de l'ORTF
après les "événements de Mai 68" :
Claude Darget, Frédéric Pottecher,
Michel Honorin, etc)

…Avec notamment l'article
ci-dessous…

 

 

 

 

 

 

 

 

Un personnage énigmatique : Guignol
(par Françoise Travelet, dans Le Fait Public N°14 de Janvier 1970)

"C'est guignolant !"
L'expression signifiait-elle "c'est amusant" ou bien "c'est vraiment du guignon"? Le nom de guignol vient-il de "guigner de l'œil" (guigne-œil), ce qui supposerait que la marionnette louchât... légèrement? La naissance du personnage le plus original et le plus populaire de tous les théâtres français est entourée d'une certaine obscurité, et les exégèses fleurissent... Qu'importe? Le nom claironne sa joie de vivre depuis plus de cent cinquante ans.
Guignol fut adopté par le public dès sa première apparition, le 24 octobre 1808 dit-on, dans une petite salle enfumée de la rue Noire (NDSD: aujourd'hui rue Stella) à Lyon. Son père, Laurent Mourguet, lui donna son propre visage, physionomie ronde aux narines épatées, ainsi que l'accent un peu traînard de son patois. Il l'habilla d'une étroite et courte jaquette marron et d'un étrange chapeau à cornes aplati sur une perruque à queue, reste de catogan qui virevolte sans cesse sur le cotivet (la nuque) et que Guignol nomme plaisamment son sarsifis. Par son caractère, Guignol est l'incarnation du canut de la fin du dix-huitième siècle, dont il a l'humeur joviale et l'honnêteté : très malin sous ses airs de naïveté, menteur, gourmand, sensible à la flatterie, pas toujours instruit mais toujours plein d'une exubérante gaieté.

Gnafron le buvanvin
Notre héros ne fut pas longtemps seul sur le théâtre. Madelon, son épouse acariâtre, vint bientôt le rejoindre. Bavarde et mauvaise langue, mauvais caractère également, elle raffoule sans cesse. Dans leurs disputes, Guignol s'en débarrasse traditionnellement d'un : "Madelon, va bassiner le lit, et tu laisseras la bassinoire dedans". Mais ils se réconcilient toujours.
Puis arriva l'ami de la famille : Gnafron, l'infatigable buvanvin (ivrogne) à la trogne enluminée et à la voix aussi pâteuse que le nom. Son célèbre chapeau haut de forme en poil de lapin et son tablier de cuir se rencontrent à tous les carrefours où il exerce ses talents d'orateur et chante ses hymnes au beaujolais : "Le vin acque une marjuscule, comme qui dirait le roi de la Vinasse".
Si Chignol (comme l'appelle Gnafron) est le type même du canut, le gnaf, lui, comme son nom l'indique, est savetier de son état, et il en tire une vraie philosophie :
"En regardant les pieds, j'appris à tout connaître. Pour enseigner l'histoire une grolle est un maître".

De la grand'côte de la Croix-Rousse (quartier des soyeux) au quartier Saint-Georges où se trouve la fameuse montée du Gourguillon, nos deux compères, bruyants, bougeons, galapians, volent toujours au secours de l'opprimé et se défendent contre l'injustice à coups de tavelle (trique) et d'injures. Et celles-ci sont nombreuses dans l'argot du vieux lyonnais ! Ecoutez Gnafron parler à sa femme : "Vieille bugne, méchante vipère, épine de buisson, grande bringue... " Ou mieux : ouvrez le Littré de la Grand'Côte que nous a transmis Nizier du Puitspelu.

L'avocat de tous les gones
Car le guignol lyonnais n'est pas un spectacle comme les autres. C'est tout un langage, avec sa syntaxe et ses images propres, son vocabulaire luxuriant qui décourage l'"étranger". Un seul exemple. Si vous voulez dire à votre voisin qu'il est un niais, vous avez l'embarras du choix : traitez-le de bardoire, de couême, d'estropié de la cervelle, de caquenano, de foutraud, de ganache, de bestiasse, godiviau, bredin, bugne, nigodème, niquedouille, niquedandouille... Guignol ne se prive pas d'assassiner de ces épithètes ses ennemis. Se faisant l'avocat de tous les "gones" (braves gens) exploités, il joue des tours pendables à son grigou
de propriétaire, un nommé Canezou, à son patron, aux gendarmes, au bailli. Aux applaudissements de l'assistance !

Guignol rit de tout. Mais est-il un révolutionnaire? Un anarchiste, comme on l'a souvent dit ? Les partis politiques se le disputent : les radicaux-socialistes en font leur porte-parole en 1908 dans Le Progrès, les royalistes en 1930 dans La République lyonnaise... Sous tous les régimes, dit-on, Guignol se range dans l'opposition. Mais, quoique né dans une période de troubles, Guignol n'a aucune prétention politique. Il se veut le reflet souriant de la vie de tous les jours. Et s'il rosse son propriétaire il finit toujours par le payer. Alors ? Un conservateur ? Un opportuniste ? Un adepte de la "nouvelle société"? Un opposant qui cache son jeu ?

L'Académie du Gourguillon
Au fur et à mesure que disparaissent les canuts et la connaissance du vieux parler lyonnais, Guignol s'adapte à la vie
moderne. Mais on joue toujours les pièces du vieux répertoire qui enchantaient Gaston Baty : Le déménagement, Les frères Coq, Les souterrains du vieux château, Le pot de confitures...
Guignol est bien davantage qu'une figurine de bois. Et quand, après la représentation, il dort en compagnie de centaines d'autres marionnettes dans l'obscurité du castelet, il continue de vivre. On va chez lui, au Café du Soleil. Ses amis (constitués depuis 1913 en société) parlent de lui. En 1879 fut fondée en son honneur et pour son service l'Académie du Gourguillon (qui est très
fière d'avoir terminé, elle, son dictionnaire, le fameux Littré de la grand'côte).
Chaque semaine, on le retrouve dans son "journal hebdomadaire humoristique ". Il est partout.
Et qui touche à Guignol touche à Lyon !

FR. TR.
= Françoise Travelet, auteure notamment de plusieurs livres sur Léo Ferré.

 

 

Anciens reportages de la télévision française (trouvés dans le grenier, pardon.. sur le site de l'I.N.A., où vous pouvez les acquérir contre quelques petits euros) :

Jean-Guy Mourguet interviewé (jadis) devant la statue de son trisaeuil Laurent Mourguet, puis en d'autres lieux (diffusé en Octobre 1983 / Ici un extrait / total = 12 mn )
retrouver ce média sur www.ina.fr

 

Le Guignol du quai St-Antoine (avec Ernest Neichthauser)
(Les Actualités Françaises de Janvier 1962 / 2 mn)
retrouver ce média sur www.ina.fr

Toile B

(NB: Si une publication de cette page posait encore à quiconque un problème de droit, prière de nous le faire savoir rapidement afin que nous supprimions la partie incriminée. webmestre@guignolsland.com)

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